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Proximité alimentaire : entre local, confiance et lien social

February 13, 2017

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Pour citer l'article : GINESTE, M., "Proximité alimentaire : entre local et lien social", CISALI, cisali.org, 2017. copyright Muriel Gineste. 

 

Nous ne comptons plus le nombre de fois où le terme "proximité" est mobilisé lorsque, dans un colloque, un séminaire, une réunion, il est question de penser la relation que le consommateur entretient avec les filières alimentaires de son territoire. L’objectif de cet article est de poser un cadre de réflexion autour de cette notion de « proximité » qui, au regard des résultats d’une étude que nous avons pilotée en 2011, semble bien plus complexe dans l’imaginaire du consommateur que la simple idée de distance géographique. Mieux appréhender cette complexité permettrait de penser des nouvelles formes de commercialisation plus adaptées aux attentes et besoins des consommateurs.

 

Sommaire (partie 1) 

 

Partie 1 : du Circuit-Court (CC) au Système alimentaire localisé (SYAL)

 

2009 : on re-découvre les circuits courts de commercialisation... 

Les limites du concept de circuit-court (CC) 

Du circuit-court au circuit alimentaire de proximité (CAP)

Et si on parlait de système alimentaire localisé ou territorial ? 

Gouvernance territoriale : les acteurs qui font les systèmes alimentaires localisés 

________________________________________________________________________

 

 

Partie 1 : du Circuit-Court (CC) au Système alimentaire localisé (SYAL)

 

2009 : on re-découvre les circuits courts de commercialisation... 

 

Le mode de distribution en circuit court a toujours existé (vente directe, marché de plein vent). Historiquement, il est le premier mode d’approvisionnement des villes. Il a notamment permis  de développer des activités agricoles péri-urbaines organisées en couronne des agglomérations.

 

Jusqu’en 1959, la distribution alimentaire en France se fait principalement à travers les circuits courts et les magasins dits « spécialisés » (boucherie, charcuterie, traiteur, boulangerie, poissonnerie, crèmerie, épicerie). Le premier à modifier ce modèle sera Edouard Leclerc (le père de Michel Edouard)[1].  En 1949, il réinvente le concept d’épicerie. Son objectif : offrir des produits de consommation courante à prix de gros pour rendre les produits de consommation accessibles à tous. Pour y parvenir, il invente un nouveau procédé commercial : s'affranchir des intermédiaires en s'approvisionnant directement chez les producteurs [2]. Difficile à croire, mais Edouard Leclerc bâtira sa réputation sur ses prises de position pour les producteurs et sa volonté de réduire les intermédiaires pour pratiquer des prix plus attractifs contrairement aux épiceries. Il est, paradoxalement, l’inventeur du circuit-court et du hard discount. Par le développement d’un réseau d’indépendants, il participera également largement au développement de la consommation de masse. En 1959, les familles Fournier et Defforey créent le groupe Carrefour [3] et ouvrent le premier supermarché à Annecy en s’appuyant sur un modèle de distribution en self-service importé des Etats-Unis. La grande distribution est née en France. De nos jours, 6 grandes enseignes se partagent le marché français et 70 % des achats alimentaires se font en grande distribution [4]. Petit à petit, ces grands groupes ont structuré et regroupé leurs approvisionnements dans des centrales d’achat, l’objectif étant d’offrir une offre diversifiée et identique dans l’ensemble des magasins de l’enseigne, quel que soit leur implantation sur le territoire.

 

Parallèlement, l’industrie agroalimentaire, pour répondre à un besoin de praticité et aux modifications de pratiques chez le consommateur, a innové et développé des gammes de plus en plus élaborées de produits prêt-à-cuisiner et prêt-à-consommer. Rappelons, à l’époque, en amont, c’est l’âge d’or de l’agriculture intensive. Ces nouveaux modèles de production, de transports, de distribution et de consommation, l’ouverture des échanges commerciaux à l’international, vont contribuer à construire des agro-chaînes longues qui vont petit à petit éloigner le consommateur du producteur (géographiquement et symboliquement).

 

A partir de 1996, les scandales alimentaires (vache folle, fièvre aphteuse, poulet à la dioxine) vont servir de catalyseur à une prise de conscience d’un système de production, de transformation, de transport et de distribution complexe et anxiogène. Si des progrès remarquables ont été faits en matière de sécurité alimentaire et de traçabilité des produits, le récent scandale dit « de la viande de cheval » a ouvert une nouvelle brèche dans la rupture de confiance du consommateur. Circuits opaques, traders de viande, sous-traitants en cascade, fraude à l’étiquetage et industriels trompés sur la nature des produits qu’ils consomment…  Autant de raisons qui érodent chaque jour un peu plus le sentiment de confiance du consommateur vis-à-vis des acteurs des filières. Petit à petit, on observe que certains produits sortent du caddy (pain, fruits et légumes, viandes), que le nombre de lieux d’achat s’élargit (6 en moyenne par ménage) : c’est le retour du commerce spécialisé et l’apparition de nouveaux modèles de commercialisation [5].

 

Au-delà des formes traditionnelles - vente directe, marchés à la ferme ou forain – les démarches en circuits courts se diversifient au sein du territoire et sur l’ensemble des filières [6]. Début des années 2000, une poignée de militants vont, en se calquant sur le modèle japonais du teikké, développer des modèles de distribution alternatifs : la vente en paniers [7] et créer de nouvelles formes d’engagement entre producteurs et consommateurs. Depuis de nouveaux concepts émergent : drive, vente en ligne, machine à distribution automatique, camionnette, fermes cueillette, magasins de producteurs…

 

 

En janvier 2009, dans le prolongement du Grenelle de l'environnement et des Assises de l'Agriculture, à la demande du Ministre de l'agriculture et de la pêche, Michel Barnier, un groupe de travail est constitué autour de la notion de « circuits courts de commercialisation » des produits agricoles. Le Ministre déclare : "les circuits courts, qui recréent du lien entre les consommateurs et les agriculteurs, contribuent au développement d’une agriculture durable et d’une consommation responsable. Ils recèlent un potentiel de développement important permettant de mieux valoriser les productions, de créer des emplois et de mettre en place une nouvelle “gouvernance alimentaire” à l’échelle des territoires"[8]. Il ne s'agit pas pour l’Etat, de substitution mais bien de complémentarité entre formats courts de commercialisation (zéro ou un intermédiaire) et offres de commercialisation classique (type GMS). La proximité est ici posée à travers trois éléments clés : 1/reconstruire le lien entre consommateur et producteur, 2/s’engager à travers l’acte d’achat à soutenir les productions des territoires, et ainsi par la responsabilité contribuer à la durabilité et enfin que 3/les deux maillons situés aux extrêmes des agro-chaînes (producteur et consommateur) reprennent la main sur la gouvernance alimentaire des territoires.

 

C'est à cette occasion que le Ministère de l'agriculture français (précisons-le !) va fixer dans le marbre la définition d'un circuit-court de commercialisation : mode de commercialisation des produits agricoles qui s'exerce soit par la vente directe du producteur au consommateur, soit par la vente indirecte à condition qu'il n'y ait qu'un seul intermédiaire. 

Le premier constat est que la définition proposée et actée par le Ministère est beaucoup plus restrictive que celle énoncée par Monsieur Barnier.

 

Si, on s’en tient à la définition, les circuits courts regroupent donc deux grands types de commercialisation [9] :

 

- la vente directe (des producteurs aux consommateurs) :

  • vente à la ferme (panier, cueillette, marché à la ferme, etc...)

  • vente collective (point de vente collectif ou panier collectif)